C’est sans doute le billet le plus compliqué que j’ai eu à écrire depuis que j’ai ouvert ce site.
Parce qu’en écrivant ces lignes, je ne parle pas seulement d’une actualité, d’une polémique ou d’un débat politique. Je parle de quelque chose d’intime. De quelque chose que je connais depuis l’enfance. De quelque chose qui laisse des traces profondes, qui blesse dans la chair et qui accompagne parfois toute une vie.
Durant la campagne des élections municipales, j’ai été la cible d’un cyber-harcèlement raciste particulièrement violent. Mon équipe de campagne dénombre plus de 10 000 injures à caractères racistes. Certaines ont été publiques, d’autres plus discrètes. Toutes ont en commun la même volonté : me réduire à mes origines, à ma couleur de peau, à mon prénom, à ma supposée religion et tenter de me faire taire par la haine.
J’ai longtemps hésité avant de déposer cette plainte. Parce que parler de racisme, lorsqu’on en est la cible, c’est souvent devoir revivre ce que l’on a subi. C’est rouvrir des blessures anciennes. C’est raconter une réalité que beaucoup préfèrent parfois minimiser ou ignorer.
Mais le silence n’est pas une solution.
Je refuse de considérer ces attaques comme une fatalité. Je refuse de m’habituer à l’inacceptable. Je refuse que les auteurs de ces propos puissent penser qu’ils peuvent agir en toute impunité.
C’est pourquoi j’ai pris la décision de porter plainte.
Je le fais pour moi. Je le fais pour tous ceux qui ont connu ces humiliations, ces insultes, ces regards, ces mots qui marquent durablement. Je le fais parce qu’aucune démocratie digne de ce nom ne peut tolérer que le racisme soit banalisé ou considéré comme une simple opinion parmi d’autres.
Cette démarche n’effacera pas ce qui a été dit. Elle n’effacera pas ce qui a été vécu. Mais elle affirme une chose essentielle : il ne faut rien laisser passer.
Face à la haine, il ne doit y avoir ni résignation ni renoncement. Il doit y avoir le droit, la justice et la détermination de faire respecter la dignité de chacun.
Je sais pouvoir compter sur de nombreux soutiens dans cette épreuve. Je tiens à remercier chaleureusement l’ensemble du mouvement insoumis pour sa solidarité et ses messages de soutien. Les militant-es bordelais-es évidemment, mon équipe de campagne, mais aussi les cadres dirigeants du mouvement qui m’ont tous apporté leur soutien.
Je remercie également mon avocat, Simon Takoudju, qui a accepté de me défendre dans cette procédure avec professionnalisme et engagement.
Enfin, je veux remercier mon compagnon. Pour sa présence, sa patience, son écoute et son soutien indéfectible dans les moments les plus difficiles.
Merci.
Nordine Raymond
Félicitations Nordine pour ta démarche de dépôt de plainte. Le racisme, l’ homophobie, la stigmatisation religieuse n ‘ ont leur place nulle part et surtout pas dans une campagne politique ou seul le débat d ‘ idées devrait exister. Que tous ceux qui se croient protégés par un anonymat de pacotille sur les réseaux réalisent qu’ ils outrepassent le droit et blessent un être humain, sa famille, ses amis. Qu ‘ ils réalisent un court instant, qu ils affaiblissent l ‘ humanité toute entière en insultant une seule personne. Tu as été courageux pendant toute cette campagne, tu es resté concentré sur tes missions, mais nous le savons tous, ton coeur saignait. Toi qui est si altruiste, si généreux, être attaqué de la sorte fut une ignominie et nous avons souffert avec toi lors de la lecture de ces injures injustes et si faciles. Que la justice démontre que ce n ‘ est pas tolérable dans une démocratie. Je l ‘ espère et le souhaite. Merci .