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Et maintenant ?

Analyse critique de la défaite à Bordeaux.

J’ai choisi le titre de ce billet avant de repenser à la chanson de Bécaud dont le titre sonne comme une vérité crue. Nous avons fait cette campagne dans le but d’obtenir des conseillers municipaux de lutte dans le prochain conseil municipal. Ça ne sera pas le cas. Je propose ici quelques clés d’analyse de nos résultats, mais aussi de notre futur rôle.

Une campagne au service de la révolution citoyenne !

Nous sommes entrés en campagne très tôt. Notre défi était immense. Nous devions écrire un programme, former des équipes de campagne, prendre des habitudes de travail commun… Le tout  avec notre seule force militante. Nous avons mené une campagne de terrain et nous sommes sans doute la seule des 4 premières listes à n’avoir aucune agence de communication ni de presse ! Toutes nos actions ont été décidées démocratiquement.

Tout au long de la campagne des forces sont venues s’ajouter à celle du départ, formant une équipe soudée qui a su avancer  dans la bienveillance, malgré les rancœurs issues de l’ancienne campagne des élections municipales de Bordeaux en Luttes. C’est d’ailleurs ces rancœurs qui nous ont empêché de pouvoir faire l’alliance avec le NPA qui nous aurait permis d’être au second tour, ce que beaucoup de militant-es dans nos deux organisations souhaitaient.

Nous ne construirons rien sur les cendres de la rancœur, elles doivent être jetées à la rivière pour pouvoir avancer.

C’est donc par là que je voulais commencer: malgré notre résultat, j’ai le sentiment qu’à Bordeaux une équipe a été formée, prête à affronter les torrents de boue qui se déversent sur les insoumis-es, et ayant acquis de solides compétences. Que personne ne croie  que c’est une évidence d’en arriver à une telle force. Trop d’équipes militantes, trop de groupes humains, sont dans une dynamique d’affrontement et de violence entre eux. S’épargner les divisions internes est une victoire !

Ces divisions n’ont qu’un seul but : l’inertie. Or notre responsabilité  est d’éviter de ne rien faire en se regardant le nombril pour au contraire avancer collectivement dans la lutte ! Notre but est d’améliorer les conditions de vie des Bordelaises et des Bordelais, de retrouver le goût du bonheur, pas de mener des luttes internes !

Une nouvelle fois, je remercie les 9732 électrices et électeurs et je veux dire à quel point j’ai été fier de mener cette équipe qui s’est battue avec la force de celles et ceux dont les convictions se construisent avec les inégalités et discriminations subies dans leur  propre vie.

Bordeaux n’a jamais autant voté pour une liste radicale !

L’espace politique, à la gauche de la social-démocratie, représente 17 000 voix à Bordeaux. Nous en sommes la force motrice en ayant recueilli plus de la moitié de ces voix.

Lors de la dernière campagne, alors que nous avions fait alliance avec le NPA et Révolution Permanente, nous n’avions fait que 6 470 voix (en en perdant plus de 1 000 entre les deux tours).

Nous avons donc presque triplé notre nombre de voix. C’est un espace politique énorme que nous avons ouvert dans le peuple bordelais.

Cet espace se traduit particulièrement dans les bureaux de vote de Saint Michel ou des Capucins,alors que  les quartiers populaires comme le Grand-Parc, le Benauge et les Aubiers se sont moins mobilisés que ce que nous espérions.

C’est la division de notre camp et l’éparpillement de nos voix qui nous aura coûté ce second tour !

Les bureaux de vote de droite se sont mobilisés en masse avec deux offres politiques très identifiées : le macronisme municipal et la droite extrêmisée de Philippe Dessertine ; certain.e.s de nos électeurices  se sont abstenu.e.s sans doute à cause du manque de lisibilité de l’offre politique de la gauche de rupture.

De la même manière, nous ne pouvons pas reprocher aux quartiers populaires de ne pas s’être massivement levés. Notre échec est aussi lié à notre manque d’investissement politique dans ces quartiers.

Durant les 6 années  de mandat de Pierre Hurmic, alors que les quartiers populaires ont été les laissés pour compte d’une gauche qui s’intéresse davantage  aux allées de Tourny qu’au désert médical des Aubiers, nous n’avons pas assez investi et créé d’espace de lutte. Toutefois nous devons  souligner que nous avons  eu la chance dans cette campagne d’avoir des portes parole comme Morti Khalifat et Nadia Falami que nous devons continuer de soutenir au sein de leur quartier.

Un mandat de résistance au macronisme municipal ! 
Nous n’aurons pas d’élu-es dans le prochain conseil municipal mais il est hors de question de laisser les macronistes imposer dans notre ville ce qu’ils font à la tête de l’État. C’est d’ailleurs à la gauche libérale d’analyser ses résultats: perdre face à un ancien ministre de la macronie à l’heure où celle-ci est rejetée par plus de 80% de la population est une marque du rejet du mandat précédent. Deux fronts se sont affrontés : un front anti-macron et un front anti-hurmic, et c’est les habitant-es les moins aisés de la ville qui vont en payer le prix le plus fort.

Déjà mes camarades fourmillent d’idées pour être au plus près de la population dans les années de mandat qui viennent.

Cazenave a promis de revenir sur l’encadrement des loyers en voulant relancer un choc de l’offre du logement. Il travaille pour ses amis promoteurs là où l’une des principales sources de pauvreté dans cette ville est le montant des loyers. Nous allons nous organiser pour lutter contre sa destruction de la régulation à l’échelle de la ville à l’heure où  le marché est tellement saturé qu’il ne peut que continuer de flamber.

La question démocratique a été posée par toutes les associations, les collectifs d’habitant-es, que j’ai rencontrés. Nous allons devoir continuer de créer des liens avec eux pour faire remonter leurs avis afin que le prochain conseil municipal ne ressemble pas à un 49.3 permanent.

Les actrices et acteurs culturels vont être particulièrement touchés par les politiques municipales. Ils représentent 4000 personnes à l’échelle de la ville qui ont peur pour leurs conditions matérielles d’existence. Mais à travers eux, le droit à une culture critique, ouverte sur le monde est également touché. Nous devrons lutter à leur côté pour que la Mairie ne soit pas seulement au service d’une culture institutionnelle, mais bien en défense des droits culturels sur l’ensemble du territoire.

Les plus précaires, particulièrement les personnes sans domicile et les étudiant-es, vont souffrir des politiques macronistes municipales. Nos militant-es vont devoir s’engager dans les associations d’aide alimentaire, maraude et épicerie sociale et solidaire, pour apporter le coup de main nécessaire à celles et ceux laissés de côté.

Reconstruire une gauche de rupture sur les cendres du mandat de Pierre Hurmic !

Nous n’allons donc pas chômer dans les années à venir pour contrer les effets du mandat de Thomas Cazenave. En nous associant au mouvement social, aux syndicats, aux associations… nôtre  tâche est encore plus grande qu’attendue.

Et puisqu’en réécoutant Gilbert Bécaud la question m’a taraudé, “ Et maintenant, que vais-je faire ? ” j’ai décidé de lui répondre par une citation de Louise Michel “ J’ignore où se livrera le combat entre le vieux monde et le nouveau, mais peu importe : j’y serai “

A toutes et tous qui me lisez, rejoignez La France insoumise : On ne lâchera rien !

Cet article a 7 commentaires

  1. BLASQUIZ Marie -Claire

    Merci pour votre campagne et vos propos!

    1. Ferron Thierry

      Bravo pour votre campagne les camarades de Bordeaux de la par d’un militant LFI du Gers vous avez commencé à poser les premiers pierre de la maison LFI amitiés Thierry de Auch

  2. Martin Pascale

    Je partage cette analyse lucide et combative à 100%, Nordine.Les défis pour la gauche de rupture sont immenses dans cette ville. Il y faut davantage encore de militants.tes pour résister sur la durée….Nous avons bien vu combien la lutte est exigeante en tous points.
    Rejoignez-nous !

  3. GRENET Josiane

    Bravo pour votre travail dont je mesure bien toute l’ampleur. Si les résultats ne sont pas à la hauteur, ils sont un beau début pour continuer la lutte.
    Bon courage à vous tous.
    Merci pour ton analyse claire.
    Solidarité et amitiés insoumises

  4. Sandrine DANIEL

    Clair et adapté.

  5. BOUTEILA Jean-Louis

    C’est une analyse déjà très riche et rigoureuse, qui en plus d’être honnête s’envisage dans les perspectives électorale, mais pas seulement, en décrivant bien pour les années à venir, où il faut être et comment, c’est à dire avec quelles volontés militantes. Cela dit je ne comprends pas le concept des 2 fronts s’affrontant ( c’est le cas de le dire) entre le front Antimacron et le front anti Hurmic… mais on en reparlera certainement. Ensuite une question directe à Nordine, ce bilan, est-il le fruit de ta seule analyse ou bien est-ce déjà un bilan suite à un échange avec des camarades (par exemple avec des têtes de liste, ou ton équipe com de campagne ?) merci de me dire… Bon courage à toi, à vous, car malgré le résultat décevant, l’engagement militant a été top de la part de vous TOUSTES… nul doute qu’elle va laisser des traces fécondes, sur lesquelles vous pourrez vous appuyer demain, et la population assurément compter également sur Vous en écho !… ✊

  6. charpentier

    Une belle équipe, composée de belles personnes. Vous avez raison ; la confiance ne se gagnera pas 3 mois avant les prochaines élections, mais sur un travail de fonds dès maintenant. Plein soutien

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